La région Sud, l’une des plus grandes régions viticoles de France, expose ses riverains à des pesticides à des niveaux bien supérieurs à ceux du reste de la population, avec des pics de contamination qui inquiètent pour la santé à long terme.

Source : Photo archives illustration Cyril Hiély, La Provence

Source : Photo archives illustration Cyril Hiély, La Provence

Il reste cinq ans à la France pour mettre en œuvre sa stratégie nationale « Ecophyto 2030 » qui vise à réduire de 50 % l’usage des pesticides. Pourtant, la proposition de loi Duplomb, qui prévoit notamment la réintroduction de l’acétamipride, un insecticide interdit depuis 2018, s’inscrit à contre-courant de cet objectif national. Cet été, plus de 2 millions de signatures ont été recueillies contre cette loi, mais le débat parlementaire sur cette pétition a une nouvelle fois été repoussé.

Pour la première fois, une étude nationale a mesuré l’exposition réelle des riverains aux pesticides. Publiée en septembre 2025, l’étude PestiRiv, menée conjointement par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et Santé publique France, révèle que ceux vivant à proximité des vignes sont clairement surexposés aux pesticides.

La viticulture représente une exploitation agricole sur cinq en France, soit environ 750 000 hectares, et figure parmi les cultures les plus consommatrices de pesticides. La région Sud fait partie des six grandes régions viticoles étudiées. Ce sont les départements de la Vaucluse (52 %), du Var (33 %) et des Bouches-du-Rhône (13 %) qui concentrent l’essentiel des vignobles. Alors, qu’en est-il réellement de la santé des riverains des vignes en région Sud ?

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52 % du territoire du Vaucluse est occupé par des vignobles

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La région Sud utilise moins de pesticides que la moyenne nationale, mais de manière plus ponctuellement intense. AtmoSud relève des pics de concentration plus élevés pendant les périodes de traitement, fortement dépendants des conditions météorologiques.

Glyphosate, sulfate de cuivre, difenoconazole, fosetyl-aluminium ou encore du soufre sont autant de substances achetées majoritairement par les distributeurs de Gigondas (Vaucluse) selon l’Office Français de la Biodiversité (OFB). C’est en étudiant l’air, le sol, les cheveux, et même l’urine des riverains que l’organisme Santé publique France et l’Anses ont pu également détecter ces substances. Le ****glyphosate (lambda cyhalothrine) ****a été détecté dans 21 % des prélèvements sur le site viticole selon une étude menée par AtmoSud.

Comparaison sites viticoles et site éloigné des cultures :

En période d’épandage, en zone non viticole :

→ 11 substances pesticides ressortent

En période d’épandage, en zone viticole (hors site à dominance bio)

→ entre 13 et 22

Source : AtmoSud, “PestiRiv : les résultats de l'étude en région Sud”

Ces pesticides ou fongicides sont principalement utilisés sur le pied de la vigne afin de détruire les champignons susceptibles de se développer sur les cultures. Le mildiou fait partie des maladies cryptogamiques qu’attrape la vigne et qui peuvent causer de nombreuses pertes au niveau des récoltes. C’est au début du printemps et pour cause d’aléas climatiques, que les viticulteurs aspergent leurs vignes de produits.

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Et cet épandage de pesticides sur les zones agricoles n'est pas sans conséquences. Une récente enquête du Monde a par exemple démontré que certaines communes et écoles primaires du Sud-Est font partie des 500 communes les plus exposées au pesticide au niveau national.

L’école primaire de Modène (Vaucluse) se situe parmi les 1% des établissements les plus exposés en France selon Le Monde

À Modène (Vaucluse), les riverains des vignes sont surexposés aux pesticides. En rose : les vignobles. En orange et jaune : la densité de population.

À Modène (Vaucluse), les riverains des vignes sont surexposés aux pesticides. En rose : les vignobles. En orange et jaune : la densité de population.

Quelles conséquences sur la santé des riverains ?

Environ 4 % de la population française réside à moins de 200 mètres de parcelles viticoles. L’étude PestiRiv (Santé publique France, Anses) révèle que le niveau de contamination dans les urines des riverains est jusqu’à 60% plus haut que celui du reste de la population. Les enfants de 3 à 6 ans figurent parmi les plus exposés à la contamination, en raison de comportements spécifiques tels qu’une tendance à porter les mains à la bouche et d’un contact plus fréquent avec le sol.

Selon l’Inserm (2021), des études épidémiologiques concluent à l’existence d’une forte présomption de lien entre l’exposition aux pesticides de la mère pendant la grossesse ou de l’enfant et le risque de certains cancers pédiatriques, notamment les leucémies et les tumeurs du système nerveux central.

Si des études établissent des liens entre l’exposition aux pesticides et certaines pathologies, qu’en est-il concrètement à l’échelle des territoires viticoles du Sud ?

Dans les départements les plus viticoles de la région – Vaucluse (84), Var (83) et Bouches-du-Rhône (13) –, il existe un nombre plus élevé de cas de cancers et de maladies neurologiques en 2023 chez les enfants de 5 à 9 ans que chez les 0 à 4 ans. Certains effets sanitaires, pouvant notamment être liés à l’environnement et à une exposition toxique cumulative, peuvent effectivement se manifester plusieurs années après l’exposition – en particulier lorsqu’elle survient durant la petite enfance ou la période prénatale.

Ces données restent toutefois descriptives et ne suffisent en aucun cas à établir, à elles seules, un lien de causalité direct avec l’exposition aux pesticides.